Najah al Bukai dessine la guerre en Syrie

Najah al Bukai
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Najah al Bukai est arrivé à Fontenay-le-Comte en décembre 2015 en tant que réfugié politique. Ses dessins, au stylo bille et brou de noix, racontent ses années en Syrie et les représailles subies. Il expose “pour ne pas oublier les morts” à partir du 27 octobre à La Roche-sur-Yon. Par Delphine Blanchard

Vous êtes syrien. Vous étiez professeur d’art à l’université de Damas. Que s’est-il passé, à partir de 2011 ?
Le “printemps arabe” en Tunisie, en Égypte, en Libye nous a donné des ailes… Des envies de liberté d’expression, des envies d’ouverture au monde, des envies d’élection démocratique même ! Au contraire, Bachar el-Assad a opprimé son peuple, et a voulu faire taire les artistes et intellectuels qui se rebellaient. En juillet 2012, j’ai été emprisonné un mois au centre d’incarcération 227, à Damas. Ma femme a payé. J’ai été libéré. Puis j’ai, de nouveau, été incarcéré 70 jours. Puis encore neuf mois jusqu’en juillet 2015.

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Vos œuvres racontent ces trois emprisonnements… D’où leur force ! Était-ce vital de témoigner ?
Il y avait un besoin d’exprimer, par le dessin, l’horreur vécue : la torture, les cadavres… Lors de ma seconde incarcération, j’ai vu et transporté 400 cadavres en 70 jours. Aujourd’hui, en tant que réfugié, à l’abri en France, j’ai le devoir de raconter, encore et toujours, tant que le despotisme est en vigueur en Syrie. Continuer de peindre, c’est mon combat.

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N’êtes-vous pas tiraillé, parfois, par ce devoir de mémoire et l’envie de créer des œuvres qui ne parleraient pas directement de cette histoire syrienne ?
Oui, je dis souvent qu’à cause de cette guerre, j’ai perdu la couleur. Je peignais des œuvres colorées, avant. Des œuvres influencées par Matisse, Vlaminck… J’aimerais bien peindre de nouveau des bouquets de fleurs irisés mais j’aurais tellement peur que ces fleurs soient interprétées comme une offrande à Bachar… Tant que la guerre n’est pas finie, c’est si difficile pour moi.

•  EXPOSITION de Najah al Bukai dans le cadre du festival Migrant’Scène. Du 27 octobre au 27 novembre à la maison de quartier du Pont-Morineau à La Roche-sur-Yon. Vernissage vendredi 27 octobre à 19 h. Exposition ouverte à tous du lundi au vendredi de 10 h à 12 h et de 13 h 30 à
18 h. Le samedi de 14 h à 17 h. Entrée libre et gratuite. Causerie avec Najah al Bukai autour de “la liberté d’expression et de parole pour les artistes…” mardi 21 novembre à 20 h. Chronique dans l’émission L’Air de rien sur TV Vendée diffusée le 2 octobre dernier.

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