Paul-Henry Bizon : « Je suis fier de mes racines vendéennes »

Paul Henry BIZON©FrancescaMantovan
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Paul-Henry Bizon, l’enfant de Saint-Laurent-sur-Sèvre, vient de publier son premier roman, La Louve. Il y livre une ode à la nature, à l’agriculture et au manger local. Percutant ! Par Delphine Blanchard

Lorsqu’on écrit un premier roman, le sujet s’impose-t-il comme une évidence ?
Le roman n’est pas une forme littéraire évidente, c’est très délimité et quadrillé. Mais, dès le point de départ, je savais que je voulais raconter cette histoire de deux frères qui ont grandi en Vendée, dans une certaine tradition, et qui peu à peu prennent des voies différentes. Forcément, j’ai puisé dans mes souvenirs, moi qui ai passé mon enfance entouré de champs. Au fil de l’écriture, je me suis rendu compte, que mon parcours était révélateur d’une France qui évolue, d’une tragédie agricole en train de se jouer.

Vous auriez pu prendre le parti de déconnecter cette histoire contemporaine du “réel vendéen”. Or on trouve des références très précises…
J’ai écrit l’intégralité de ce livre chez mes parents, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, donc cette réalité vendéenne m’entourait.    Les arbres ont dû me parler ! Je suis fier de mes racines vendéennes. Mais cela reste une fiction, je fais un pacte avec le lecteur quand je situe l’intrigue à Montfort-sur-Sèvre (plutôt que Saint-Laurent…), mais j’écris qu’il y a deux pensionnats privés, on est dans un jeu, dans un roman à clés. En revanche, ce serait grotesque si je changeais tous les noms, donc, oui, je mentionne le Puy du Fou, par exemple.


“Je suis en faveur d’une agriculture qui prend soin du sol”


 

Diriez-vous que ce roman est un engagement en faveur d’une certaine vision de l’agriculture ?
Le romancier de la condition sociale a une pensée qu’il veut exprimer et j’affirme que je suis en faveur d’une agriculture qui prend soin du sol. C’est quoi être agriculteur ? C’est produire des calories en utilisant l’énergie fossile mais le paysage s’est aujourd’hui désertifié notamment à cause de certaines dérives… Enfant, j’allais dans des fermes où il y avait trois générations représentées, ce n’est plus le cas. Je raconte, pour l’un des personnages, l’évidence de la permaculture, de l’agro-écologie. Tandis que l’autre reste dans le conventionnel.

LIRE UN EXTRAIT : https://flipbook.cantook.net/?d=%2F%2Fwww.edenlivres.fr%2Fflipbook%2Fpublications%2F279700.js&oid=3&c=&m=&l=&r=&f=pdf
extrait

Vous parlez également de l’engouement à Paris pour le manger local. Quel regard portez-vous sur cette “mode” ?
Dans Les Illusions perdues, en 1840, Balzac écrit des pages sur l’imprimerie parce que le lieu de pouvoir à son époque, en 1840, c’est le journalisme. Aujourd’hui, c’est la gastronomie. C’est pour cela que l’agriculture devient un sujet crucial. Je vis à Paris et j’ai pu constater que la nouvelle cuisine, aussi appelé “fooding”, est devenue une manne financière, qui n’aboutit pas toujours. En 240 pages, j’ai essayé de faire surgir beaucoup de choses, je laisse ensuite au lecteur le soin d’aller chercher là où va sa sensibilité.

Ce premier roman vous a-t-il donné le “virus” pour continuer ?
J’apprends en écrivant et, évidemment, cela m’a donné envie de poursuivre. Je planche sur le suivant. Mais il y a aussi des adaptations de La Louve, au cinéma ou en série, qui sont en cours. Je suis heureux que cette fresque familiale se prolonge ainsi. Un roman, il faut que ça se déploie, que ça infuse…


couvL’histoire de La Louve

Camille Vollot exerce le métier de boucher auprès de son frère Romain qui a repris les rênes de l’affaire familiale. Un drame va ébranler “ces confins paisibles de la Vendée” et bouleverser leur vie. Camille va alors affronter son frère dans un combat idéaliste qui va le mettre sur la route d’un imposteur, Raoul Sarkis.

La Louve de Paul-Henry Bizon, éditions Gallimard, collection NRF,  240 pages, 20 €.

Chronique du premier roman à retrouver dans l’émission L’Air de rien.


 

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